Encadrement sur mesure d’œuvre peinte et de photographie en Île-de-France (75)

31 Rue Doudeauville 75018 PARIS 01 46 06 69 46

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Cadre Exquis - 75 : Expositions permanentes

Exposition des photographies de Jules Antoine en ce moment à la Foire internationale de la photographie à Bièvres le 7 juin 

Biographie succincte de Jules Antoine

D’après les archives et souvenirs familiaux

Jean Baptiste Jules naît le 21 mai 1863 dans une famille de métayer(s) aux environs de Limoges. Pierre-François Antoine et Louise-Philippine (née Mamoussis) ont déjà un fils de 5 ans, André, et perdu en bas âge un petit Maurice. Pierre-François a une belle écriture, on a besoin de copistes à Paris. La famille monte à la capitale en 1868. Pierre-François sera employé à la Compagnie Parisienne d’Eclairage et de Chauffage par le Gaz. Il y restera toute sa vie. Louise-Philippine mettra trois autres enfants au monde : Marthe, Paul, puis Marie-Marthe. Ils sont installés place des Vosges, et Jules va à l’école communale congréganiste de l’impasse du Béarn, qui sera prolongée plus tard jusqu’au boulevard Beaumarchais. La guerre, puis le siège de Paris par les Prussiens vont les toucher durement. La petite Marthe meurt de la rougeole, faute de soins. Pierre-François envoie femme et enfants dans la famille à Limoge, juste avant l’insurrection de la Commune. Au retour, les traces sanglantes de la répression marqueront les deux jeunes frères.

André, qui se passionne pour la littérature et le théâtre, doit abandonner l’école et travailler avec son père à la compagnie du gaz. On reporte sur jules les espoirs d’ascension sociale. Jules obtient son certificat d’études primaires et une bourse de 74 francs. Il entre comme commis dans le cabinet de l’architecte Léon Rivière, qui le pousse à s’inscrire à l’école nationale des arts décoratifs. Il a 13 ans. La famille déménage rue de Sèvres, où elle a pour voisine Madame Hanotelle, couturière, qui élève seule ses 5 enfants, dont Pauline, la benjamine.

En 1883, Jules est reçu à l’école nationale des beaux arts. Il suit les cours du soir d’architecture. André est en conflit permanent avec sa mère. Il quitte le foyer et se consacre à sa troupe de théatre amateur, qui deviendra « Le Théâtre Libre ». Il épouse Marie Rampon dont il a un fils, Henri. Il les quittera quelques années plus tard pour une comédienne de sa troupe. Jules est l’élément rassurant, raisonnable, conciliant. Il aide financièrement son frère, et tente des médiations entre les parents et le « fils indigne ». André tente de lui faire intégrer sa troupe ; Jules est un beau jeune homme, avide de littérature et d’idées nouvelles, mais il ne fera que lui dessiner quelques décors. Lui se voit bien artiste peintre ; il a sympathisé avec le milieu artistique libertaire que fréquente son frère. Le peintre Maximilien Luce devient son ami, il présente Firmin Gémier à André, qui l’engage dans sa troupe. Jules porte le béret et une canne en jonc, car comme l’écrit Jules Renard dans son journal : « un peintre, c’est une homme avec un béret ». Son engagement dans le mouvement anarchiste se limitera à aller manger de la tête de veau place de la concorde les vendredi saints, en hommage au Chevalier de la Barre.

En 1888, Jules épouse Pauline, sa voisine. Ils partent en voyage de noces en Normandie, au Mont Saint Michel, où il peint de jolies aquarelles. Ils s’installent rue de Lille. En 1890, il est (brillamment) reçu à l’examen de commissaire voyer de la ville de Paris, service chargé du patrimoine architectural après les grands travaux haussmanniens. Il tire un trait sur ses ambitions artistiques et se consacre à sa carrière et à sa famille. Il garde cependant d’étroites relations avec le monde artistique en écrivant sur la peinture dans la revue « Arts et Critiques ». Il fréquente le salon de Théo Van Gogh, soutient les post-impressionnistes tout en ironisant sur leur intransigeance théorique.

Jean naît en 1892. La même année, André a un second fils, André-Paul, avec Pauline, sa compagne comédienne, alors qu’il est toujours marié avec Marie. C’est la rupture entre les deux Paulines, l’épouse de Jules refusant de saluer la compagne d’André. Les deux frères se voient presque en cachette. Après des années de misère, André devient « le grand Antoine », qui révolutionne l’art théatral. Le tout Paris littéraire se précipite au « Théâtre Libre », où sont créées les pièces d’Ibsen, de Strinberg, de Zola. Marthe naît un an plus tard, en 1893. La famille s’installe au cœur du 14ème arrondissement alors en plein chantier. Jules y construit trois immeubles. Trois immeubles d’angle, sans vis-à-vis. La rue Boissonnade est prolongée, en expropriant une parcelle des jardins du couvent de St Vincent de Paul. Le boulevard d’Enfer devient boulevard Raspail. De leur balcon on voit les tailleurs de pierres qui travaillent à l’emplacement de l’actuelle école d’architecture. Puis la rue Léopold Robert est percée entre Montparnasse et Raspail. Jules construit l’immeuble qui occupe l’angle côté Montparnasse, à l’emplacement du cabaret « La grande chaumière ».

Si Jules a abandonné la peinture, il se passionne pour la photographie. L’appartement et le balcon du boulevard Raspail deviennent son studio personnel. (Dans la rue voisine, la rue campagne première, habite alors Eugène Atget, photographe du vieux Paris.) Pour Jules, la photographie est une affaire de famille. Il va capter tous les aspects de la vie enfantine grâce à ses deux modèles, on ne peut plus conciliants. Se rapprochant au plus près des visages, Jean qui rie, Jean qui pleure, Marthe espiègle, éclatant de rire devant l’objectif, dans des cadrages et des flous saisissants de vie. Jules gravit les échelons, c’est la consécration pour André, et les deux familles se réconcilient. Ils partent en vacances en Normandie, à Grandville, puis à Camaret. Les milliers de plaques photographiques s’entassent dans des boîtes.

Les enfants ont grandi. Jean, Marthe et leur cousin André-Paul vivent en plein la « Belle époque ». André-Paul les entraîne aux premières et chez Maxim’s, où ils font les 400 coups. Les garçons fument un peu l’opium, et si Jean est un brillant élève architecte, Jules vit très mal de voir son fils devenir un dandy. Marthe, elle, est une élève rêveuse des premières classes pour filles du lycée Fénelon.

Et puis le malheur. Jean meurt d’une péritonite en 1912.

Deux ans plus tard, Jules commence un journal de guerre où il écrit, le 1er août 1914 : « Après 44 ans, nous voici de nouveau en guerre ! Nous sommes très déprimés, depuis ce matin j’ai la gorge serrée et pense à mon pauvre Jean qui devrait être sous les drapeaux avec son cousin André. Quelle douleur s’il était encore là et pourtant combien cette douleur me semble douce à côté de ce que j’ai passé depuis deux ans ! La guerre qui va se faire m’épouvante. Quelle boucherie ! Que de misères et de ruines ! Et puis quelles conséquences ? Que va-t-il rester de toute cette jeunesse ? »

Henri, le fils aîné d’André, engagé dans l’anarchisme et le théatre militant, meut au front (après avoir été blessé deux fois.) André-Paul, blessé lui aussi, s’est fiancé à Marthe qui, restée à Paris, accompagne son père sur les lieux de bombardement.

Jules, Pauline et Marthe ont quitté la rue Léopold Robert après la mort de Jean. Ils habitent d’abord rue Denfert Rochereau (qui n’est pas encore une avenue) puis loue un bel appartement au 56 boulevard Saint Michel, à l’angle de la rue Monsieur le Prince. Un cinquième étage avec encore un balcon, d’où l’on domine la cime des marronniers. Après la guerre, André-Paul rompt avec Marthe, « pour ne pas la rendre malheureuse » dit-il. Pauline s’enferme dans le deuil, Jules travaille, et gravit les échelons. André a perdu le théâtre de l’Odéon, et s’est lancé dans le cinéma. En 1922, Jules est nommé architecte voyer divisionnaire de 1ère classe. Il pense terminer sa carrière comme architecte en chef, mais malgré ses états de service il n’obtient pas le poste, (peut être à cause de son passé pacifiste.) Il quitte désabusé l’administration, et se consacre à la gérance d’immeubles.

Jules, qui avait rangé ses appareils photographiques après la mort de Jean, les ressort en 1929, à la naissance de sa première petite fille. Marthe a épousé sur le tard Carlo, un jeune italien, avec qui elle aura deux filles. Mais Carlo quitte femme et enfants à la déclaration de guerre pour rejoindre l’Italie mussolinienne. Jules abandonne son cabinet à un neveu du côté de Pauline. André est ruiné. Jules l’héberge dans la maison qu’il a achetée au Pouliguen. En 1942, il l’accompagne quand Sacha Guitry organise une soirée en son honneur au théâtre de l’Odéon, mais reste dehors, refusant d’entrer dans la salle où se trouvent des officiers allemands. Jules devient ardent Gaulliste.

L’appartement du boulevard saint Michel abrite le couple Antoine, Marthe et ses deux filles, et plus tard, les maris de ses filles, et les 5 enfants de celles-ci. Mais Pauline a disparu en 1942, et André en 1943, dans la maison de son frère. Jules s’est éteint paisiblement en 1948, après une dernière dispute avec sa petite fille à propos de Picasso, dont il trouvait qu’il « gâchait son talent ».

Jules, amateur anonyme, frère d’une célébrité éphémère, a laissé au fond d’un placard des milliers de plaques de verres qui, révèlées aujourd’hui, témoignent de son regard intemporel sur l’enfance, le bonheur, la vie.